Surgence n°5 : Relire "Totem et Tabou" aujourd'hui

Automne 2010

L’actualité paraît remettre en question Totem et tabou. Les peurs se multiplient, la mort paraît être la punition du tabou, au point qu’au consumérisme s’opposent de plus en plus d’interdits, frappant du risque mortel ce qui est consommé !
Ne sont pas en reste le partage des rôles, des droits, des obligations au sein de ce que l’on nomme maintenant « la parentalité », et non plus la parenté : au demeurant, mères porteuses pour d’autres, homoparentalités, mariages homosexuels notamment, laissent penser que le père n’a plus le droit de cité qu’il eut.
La clinique témoigne-t-elle de ces bouleversements ? N’est-elle pas toujours le lieu de recel du juratoire et du conjuratoire ? Le collectif est-il devenu autre chose que le sujet de l’individuel ?
À supposer que tout totem soit caduc, et que l’Action fatale et décisive n’ait jamais été au commencement, le tabou de l’inceste demeure et, comme le religieux, jamais ne fut si fort.
Faut-il alors totalement dissocier le Tabou du Totem ? Faut-il trouver au tabou une nouvelle origine ? Mais quelle serait alors la fonction du Totem ?
Et de quoi tirerait-il encore sa puissance ?

Après quoi, Il dit la genèse de Dieu : et Dieu fut

Dans Totem et Tabou, Freud démontre la genèse de Dieu, conçu comme l’inconscient substitut du Père originaire tout-puissant, que ses fils mettent à mort et mangent pour se partager les femmes dont lui seul avait de son vivant la jouissance ; ainsi naissent l’interdit de l’inceste et l’interdit du parricide, sources de la culture, de la morale et de la religion monothéiste.

Freud soutient sa démonstration en soulignant l’analogie qui existe entre l’organisation des tribus primitives, les névroses, et les désirs infantiles inconscients. Dans son séminaire «Encore», qui traite de la jouissance, Lacan en reprend les données, pour dégager de quelle logique prend consistance l’élaboration freudienne, qui ne saurait se limiter au mythe d’Œdipe.