Surgence n°5 : Relire "Totem et Tabou" aujourd'hui

Automne 2010

L’actualité paraît remettre en question Totem et tabou. Les peurs se multiplient, la mort paraît être la punition du tabou, au point qu’au consumérisme s’opposent de plus en plus d’interdits, frappant du risque mortel ce qui est consommé !
Ne sont pas en reste le partage des rôles, des droits, des obligations au sein de ce que l’on nomme maintenant « la parentalité », et non plus la parenté : au demeurant, mères porteuses pour d’autres, homoparentalités, mariages homosexuels notamment, laissent penser que le père n’a plus le droit de cité qu’il eut.
La clinique témoigne-t-elle de ces bouleversements ? N’est-elle pas toujours le lieu de recel du juratoire et du conjuratoire ? Le collectif est-il devenu autre chose que le sujet de l’individuel ?
À supposer que tout totem soit caduc, et que l’Action fatale et décisive n’ait jamais été au commencement, le tabou de l’inceste demeure et, comme le religieux, jamais ne fut si fort.
Faut-il alors totalement dissocier le Tabou du Totem ? Faut-il trouver au tabou une nouvelle origine ? Mais quelle serait alors la fonction du Totem ?
Et de quoi tirerait-il encore sa puissance ?

Tomber malade

Clinique autour de la question du deuil de la position dépressive que produit la chute de l’objet a, chute préalable à l’entrée dans le langage, entrée qui est l’effet du coup de force symbolique.

Le névrosé, pour ne pas honorer sa dette symbolique, peut préférer souffrir le pire et payer ainsi jusqu’à tomber malade. Pour continuer à vivre, un sujet doit lui-même travailler la question de son engagement symbolique. Le procès analytique lui en donne l’opportunité, coup de force symbolique s’il en est. S’il ne trouve pas une forte raison pour désirer vivre, il ne deviendra plus qu’un objet a à perdre, par exemple en tombant malade, voire en mourrant.

Le sujet de l’inconscient se plie à une autre éthique que celle que lui propose une logique imaginaire, comme celle qui guide Chronos, dieu mangeur de « petites têtes », logique létale par conséquent a mère.